Larsim

Ethique appliquée à l'expérimentation animale
Rapport du Larsim : Michael Bertin & Vincent Bontems

L’expérimentation animale est une composante de la recherche dont l’examen éthique s’impose avec le plus d’évidence, même si la question a été longtemps ignorée, refoulée ou réglée de manière expéditive quand il était entendu que les animaux (« animaux » désigne ici les « animaux non humains ») étaient sacrifiés à une si noble cause qu'elle interdisait qu'on s'attarde sur leur souffrance et leur triste sort. Cette attitude de dénégation du problème apparaît de plus en plus en décalage avec les mouvements d’opinion qui réclament une évaluation éthique des pratiques scientifiques. La réflexion éthique sur l’expérimentation animale ne saurait être éludée davantage.

Cette tâche délicate s’impose avec urgence dans la reconfiguration actuelle des relations entre science et société. Partout, il est demandé aux organismes de recherche de faire preuve de plus de transparence, de justifier les moyens mis à leur disposition, voire les finalités de leurs recherches. Certaines associations réclament d’être associées à l’évaluation des programmes de recherche tandis que d’autres brandissent des menaces. Dans ce contexte, les scientifiques craignent de perdre l’autonomie de leurs recherches, sinon la possibilité de les mener. La question de l’expérimentation animale est un sujet délicat et un motif de crispation.

Sa formulation demande d’autant plus de précautions.

S’il faut éviter d’instaurer à la hâte des règlements entravant le travail des scientifiques, il faut admettre que, comme les connaissances scientifiques, les jugements éthiques sont révisables en fonction de l’expérience et de l’avancée de nos conceptions. Il faut donc prendre du recul pour reformuler les enjeux éthiques de l’expérimentation animale. Pour cela, notre démarche a été de mettre en perspective ce problème à partir de la problématique philosophique générale des relations entre humains et animaux, et de préciser les limites de ce que l’on est en droit d’attendre d’une éthique appliquée à l’expérimentation animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce rapport est le fruit du travail de

 

Michaël Bertin, qui a travaillé comme stagiaire au LARSIM sous la direction de

 

Vincent Bontems en 2008. Il a été remanié par ce dernier sous la forme du présent rapport.

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

La première partie de ce rapport du Larsim commence par restituer, à grands traits, l’évolution des conceptions philosophiques sur les relations éthiques entre l’homme et l’animal, de l’Antiquité jusqu’aux conceptions évolutionnistes, en passant par la révolution cartésienne. Elle poursuit en prenant en compte les progrès de l’éthologie moderne, l’hypothèse de notre travail étant que ceux-ci modifient les conditions de la formulation des relations éthiques entre hommes et animaux. Elle effectue, pour finir, un tour d’horizon des doctrines de « l’éthique animale » qu’elle évalue en fonction de leur application possible à l’expérimentation animale.

 

 

 

 

 

 

 

 

La seconde partie envisage l’éthique appliquée à l’expérimentation animale comme une réflexion éthique intégrée à la pratique scientifique. Elle n’élabore pas de critères d’évaluation a priori pour ensuite les plaquer sur un domaine, mais s’applique au contraire à préciser la pertinence et la valeur opératoire des différentes éthiques engagées en pratique. La tradition philosophique a engendré trois variétés d’évaluation éthique : le fait de juger un acte en fonction de ses conséquences, de sa conformité à une règle universalisable, ou selon la justesse de l’exercice d’une vertu. Ces trois éthiques sont susceptibles d’intervenir dans l’expérimentation animale à plusieurs niveaux :

 

- le conséquentialisme justifie le recours à l’expérimentation animale en comparant les sacrifices et les profits espérés (selon un étalon qui reste à définir) ;

 

- la déontologie, sous la forme de la règle dite des trois « R » (Remplacer, Réduire, Raffiner) est la source des réglementations qui encadrent l’élaboration des protocoles expérimentaux, elle ne garantit pas pour autant le caractère éthique des actes accomplis ;

 

- enfin, l’éthique des vertus, peu mobilisée jusqu’à présent dans ce contexte, éclaire l’ambivalence des relations de l’expérimentateur avec l’animal de laboratoire. Elle peut guider la recherche d’un juste milieu entre la compassion à l’égard de l’animal souffrant et la distanciation vis-à-vis de l’animal de laboratoire.

 

 

 

 

 

 

Nous tenons à remercier tous ceux qui, au CEA comme à l’INRA, ont prêté leur concours à la réalisation de ce travail et, particulièrement, Étienne Klein, Vanessa Nurock, Alexeï Grinbaum, Christophe Joubert, Olivier Rampin, Annabelle Rondaud et Evelyne Lhoste.

 

Maj : 28/02/2012 (15)